Projet "Un regard sur l'agriculture thaïlandaise", une exploration de l'agriculture thaïlandaise sur six mois

L'hévéaculture produit le latex naturel

L'Hevea bresiliensis, originaire d'Amazonie (fam. Euphorbiacées) est un arbre pouvant atteindre les 30m, cultivé en zone inter-tropicale humide. Le latex qui en est issu est utilisé depuis très longtemps, les peuples pré-colombiens, Aztèques et Mayas s'en servaient déjà pour faire des balles ou bien encore imperméabiliser leurs vêtements. Sa production a explosé lors du 19ème siècle quand la révolution industrielle et les avancées de la chimie ont permis d'utiliser ce latex sous forme transformé : le caoutchouc. De nombreux débouchés ont donc vu le jour tels que les chaussures, les pneumatiques, les gants médicaux, la literie ou encore les préservatifs etc. Aujourd'hui le latex naturel est moins répandu que le synthétique (issu de la pétrochimie) mais toujours utilisé car il offre certaines caractéristiques plus performantes que son homologue synthétique.

La production se situe désormais en Afrique, Amérique latine et Asie mais c'est en Asie du sud-est qu'on produit 95% du latex mondial (Thaïlande, Malaisie et Indonésie). La production brésilienne a quasiment disparu à cause d'un champignon pathogène (microcyclus). La Thaïlande produit aujourd'hui 33 % du caoutchouc naturel du marché mondial. Ceci en fait le 1er producteur et exportateur mondial avec 3,3 millions de tonnes produites en 2011 sur 2 millions d'hectares (+ 25% pour ces deux chiffres en 10 ans).

Ici dans le nord comme dans une grande partie de la Thaïlande, la culture des hévéas est réalisée dans de petites structures familiales. Les parcelles font le plus souvent entre 2 et 5ha. Les arbres atteignent plus de 10 mètres en moins d'un an (photo 1 et 2). Il faut attendre que les arbres aient 7 ans avant de commencer la production. A partir de ce moment, on récupère le latex tous les 2-3 jours en réalisant une saignée aux moments les plus froids pour ne pas épuiser l'arbre (ici entre 22h et 1h du matin). La saignée est une petite entaille dans l'écorce de l'arbre qui permet au latex de s'écouler au goutte à goutte dans un petit godet situé en dessous (photo 3 et 4). A noter que le latex n'est pas la sève de l'arbre mais un liquide séparé circulant dans des canaux distincts et servant de défense en permettant la cicatrisation des plaies, tout comme la résine de nos conifères.

Une plantation de 3,2ha visitée la semaine dernière a donné environ 100L de latex pour une saignée. On ponctionne ainsi ce liquide 9 mois sur 12 avec donc une pause de février et à mai, lors de la saison sèche.

La transformation observée dans de petites unités artisanales consiste à faire :

  1. La Coagulation : Mélanger le latex recueilli avec de l'eau et de l'acide formique pour le faire coaguler dans des bac de 5-6L, puis faire reposer une heure (photo 5 et 6). Le mélange est très approximativement de 15L de latex avec 1,5l d'eau et 200mL d'acide formique
  2. Le « Crèpage » : Transformer les « briques » gorgées d'eau obtenues en crêpes d'un kilo par un premier passage avec une sorte de rouleau à pâtisserie géant puis une petite dizaine de passages successifs entre deux rouleaux (calandrage) de plus en plus rapprochés pour affiner ces crêpes (photo 7 et 8).
  3. Le Séchage : Laisser égoutter ces crêpes une heure, puis les laisser sécher au soleil une journée (photo 9) et ensuite un mois dans un séchoir (ou il règne une odeur proche d'une cave d'affinage de fromage, photo 10).

Par la suite, les feuilles sont vendues 70 bahts (1,55€) ce qui apporte un revenu conséquent pour les producteurs (environ 450€/mois de valeur de production d'après des calculs approximatifs pour un revenu moyen national de 170€ brut mensuel).

10 photos sont disponibles encore une fois ci-contre et une vidéo.

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