Projet "Un regard sur l'agriculture thaïlandaise", une exploration de l'agriculture thaïlandaise sur six mois

Les mangoustans de Bangkok Permaculture

Vers la fin du mois de mars, j'ai eu l'occasion de séjourner à la ferme Bangkok Permaculture pendant une semaine. Il s'agit d'une ferme Wwoof (donc en agriculture biologique) et « Kwan », le propriétaire des lieux y produit des fruits, les mangoustans.

La ferme servait de lieu d'expérimentation et de démonstration et appartenait auparavant à son oncle travaillant dans la recherche et le développement agricole. Depuis trois ans, Kwan a repris six hectares ce cette ferme dont un et demi de mangoustaniers (pas clair). Ces arbres, plantés il y a vingt-cinq ans produisent des fruits autour d'avril-mai. Voici un petit calendrier qui présente les travaux nécessaires dans le verger de Kwan (attention petit passage « technique »).

Juin : après la récolte, il faut désherber (mécanique avec un déboursailleur). La fauche est utilisée pour réaliser un compost mélangé à des effluents d'élevage acheté à des paysans des environs (volailles principalement).

Juillet-août-septembre : peu de chose à faire, c'est la saison des pluies en Thaïlande, les arbres sont au « repos », en tout cas sur le plan des fruits.

Octobre : mettre le compost préparé auparavant et réparer le système d'irrigation.

Novembre-décembre: nouvelle fauche de la végétation luxuriante de fin de saison des pluies. Cette fois-ci c'est pour faire un paillage/mulchage aux pieds des arbres.

Janvier : c'est l'étape délicate, il faut « stresser » les arbres pour les forcer à entrer en floraison (il se sentent menacés et vont donc faire des fruits pour préserver l'espèce). La saison devenant plus sèche il faut donc appliquer un stress hydrique (manque d'eau) léger : assez fort pour déclencher la production de fruits mais pas trop pour ne pas faire souffrir les arbres. Le moment opportun est quand les deux dernières feuilles arrivent à maturité (8 semaines après leur apparition). La difficulté réside dans la gestion du stress : durée et sévérité, gestion des différences d'avancement dans le stress des arbres entre eux. Fin janvier, les premières irrigations régulières arrivent.

Février-mars : irrigation tout les trois jours (200L). Plus précisement, Kwan pratique une sorte de fertirrigation. Il associe en effet à l'eau ce que certains appellent les EM, microorganismes efficaces. On peut résumer en disant qu'il s'agit d'un mélange de différents micro-organismes (levures, bactéries aéro et anaérobiques, etc) qui permettent une stimulation de la vie du sol et améliore la dégradation de la matière organique (compost par exemple). Ces EM sont réalisés par Kwan en laissant fermenter du bambou ou des fruits mangoustans mûrs durant plusieurs mois dans de gros bidons en plastique. D'un point de vue scientifique, il existe un débat sur l'efficacité et surtout la reproductibilité des EM étant donné la complexité du mélange de souches de micro-organismes ainsi que les conditions d'application (type de sol, saison, humidité, etc). Ces derniers sont cependant une approche intéressante pour une agriculture en recherche d'alternatives aux produits issus de la pétrochimie.

Avril-mai : c'est la récolte, elle dure environ trois mois et peut apporter jusqu'à quinze tonnes de fruits. Des salariés agricoles sont embauchés pour l'occasion (travail trop dure pour les wwoofers !). Il s'agit de passer la journée la tête vers le ciel avec une longue tige et d'attraper les fruits un à un.

En ce qui concerne ces fameux mangoustans, je n'ai pas encore eu l'occasion de les goûter, mais ce sera chose faite prochainement, je vous tiendrai au courant. Kwan les vend entre 80 bahts le kilo (1,8€) quand ils sont labellisés bio dans les lieux spécialisés de la capitale... et 5 bahts (0,11€) dans les marchés locaux qui ne tiennent pas compte de l'aspect biologique. Les fruits sont bradés en raison de leur aspect (les attaques d'insectes n'affectent pas l'intérieur mais sont visibles à l'extérieur). Ceci rappelle donc tout le problème (en France aussi) pour les producteurs de produits de qualité à la faire reconnaître. Sur ces fruits enfin, le plus important est quand même de dire qu'ils sont utilisés depuis longtemps pour leurs vertus curatives par les populations d'Asie du sud-est et que plus récemment, la science leur a trouvé de fortes propriétés anti-oxydantes. Il s'agit donc d'un aliment « santé » comme on en entend de plus en plus parler. L'arbre utilise également les même composés pour se défendre et ce serait une des raisons qui expliquent que Kwan peut se passer d'utiliser des produits phytosanitaires avec succès.

Pour finir, on peut noter que Kwan met en place une approche « systémique » de sa ferme. Je veux dire par là qu'il souhaite rendre cette dernière la plus autonome et auto-suffisante possible en se basant sur des principes de permaculture. La permaculture, qui peut être considérée globalement comme un synonyme de « agriculture durable », est une agriculture conservant son potentiel de production (fertilité du sol notamment) et respectant les hommes qui y travaillent, y vivent ou consomment ces produits (durabilité sociale). Elle fera sans doute l'objet d'un article prochainement.

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