Projet "Un regard sur l'agriculture thaïlandaise", une exploration de l'agriculture thaïlandaise sur six mois

King Bhumibol, le roi du développement ?

La FAO lui édite un ouvrage en hommage, l'ONU et son premier secrétaire lui décernent un prix pour le développement. Ce roi doit avoir réaliser des projets qui méritent de s'y attarder et particulièrement dans le domaine agricole.

La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle depuis le coup d'état de 1932, le roi n'est donc pas le « gouverneur » du pays mais conserve une influence importante. Le roi Bhumibol, monté sur le trône en 1950 est actuellement le souverain avec le règne le plus long du monde. Ceci lui a donc donné le temps et les moyens de mettre en œuvre des programmes de développement visant en priorité les zones rurales, parmi les plus pauvres du pays. Dès le début de son règne, le roi semble avoir montré un intérêt pour son peuple et plus précisément pour l'élévation du niveau de vie. Ceci l'a conduit à s'intéresser à l'agriculture comme levier de développement de ses populations. Il a donc réalisé un très grand nombre de visites de terrain, commandé des études et appris lui même à propos de techniques agricoles (irrigation notamment). Depuis les années soixante, c'est environ 3000 projets qui verront le jour, projets aujourd'hui largement récompensés par la communauté internationale au travers de six médailles (ONU, FAO, etc).

Globalement, les projets s'axent surtout autour de thématiques agricoles durables, environnementales mais aussi autour de la santé publique, du bien-être ou encore des transports et télécommunications, avec toujours comme objectif la réduction de la pauvreté et de la faim. Lors des premières années de son règne, les projets seront surtout axés vers la réduction de la production d'opium (voir l'article sur les tribus montagnardes sur ce blog) et de la faim dont le spectre semble s'éloigner dans les années 70-80. Dès lors, les projets se concentrent sur les impacts environnementaux et sociaux de l'agriculture intensive et de l'économie de marché « trop rapidement mise en place ». Cette dernière laissa une partie des ruraux au bord de la route du développement et, peut être mal gérée, ses conséquences se sont violemment fait sentir lors de la crise économique que traversa le pays en 1997-1998. En ce qui concerne les problèmes liés à l'agriculture intensive on peut citer les problèmes de déforestation importants dans le pays (voir article sur le teck sur ce blog), la disparition de la mangrove, les pollutions organiques dues à l’élevage intensif de crevettes ou des eaux par des produits phytosanitaires. Une étude du département de la santé conclut que « 30 % des agriculteurs d'un échantillon (115.000 personnes) ont des niveaux dangereux de toxines [dans leurs corps] liées à l'exposition à des produits phytosanitaires ». Si l'on ajoute à cela l'érosion des sols ou la baisse de la biodiversité, les conséquences dans ce pays semblent d’ors et déjà visibles.

Depuis les années soixante-dix, le roi promeut une forme de développement appelée économie de suffisance. Il s'agit pour certains d'une théorie socio-économique voire d'une philosophie. Il l'évoque en 1974 pour la première fois dans son discours annuel à la nation et la développe dès lors. En résumé, celle-ci met en avant le besoin de modération, d'auto-suffisance et d'auto-immunité vis à vis des déstabilisations extérieures (idée de ne pas être dépendant des problèmes du monde actuel d'un point de vue économique (énergie notamment) ou politique et diplomatique). Cette théorie a ainsi fait naître son pendant agricole  : La « New theory of agriculture » ou simplement New theory. Celle-ci reprend la philosophie de sa grande sœur appliquée à l'agriculture avec plusieurs principes : diversification des cultures (des risques), auto-immunité et auto-suffisance (d'abord produire le riz pour subvenir à ses besoins, puis penser à le vendre) et toujours principe de modération et d'être raisonnable. L'agriculture qui est promulguée est une forme d’agriculture durable complémentaire des agricultures biologiques, « agroforestières » ou raisonnées. Cependant en plus d'être très conceptuelle, cette théorie a largement bénéficié d'une mise en pratique au travers de centres de développement et de recherche et de champs-écoles pour agriculteurs (farmer's field school). Ceci a donc conduit à la proposition d'une ferme type de 15 rai (2,3 ha) avec quatre parties et les proportions suivantes (voir le schéma ci-contre) :

Derrière tout ceci il y a la logique d’accéder d'abord à une autosuffisance à l'échelle individuelle puis, à mesure de la maîtrise de la production, de générer du surplus qui peut être vendu et dégager ainsi un revenu. Dans la pratique il y a donc trois étapes dans cette New theory of agriculture : l'étape individuelle où l’objectif est celui évoqué ci-dessus, puis une étape collective où les différents agriculteurs se regroupent en coopératives pour s’organiser (CUMA, gestion de l'eau) vendre ou transformer (meunerie...) le surplus. C'est la phase de groupement. Puis pour finir, une phase d'ouverture où il y a une recherche de fond (publics ou privés) en vu d'augmenter encore la production et les stocks et de les commercialiser sur des marchés extérieurs (région, pays, monde).

Tout ceci illustre l'importance de la pratique pour ces projets du roi (qui proposent et distribuent aux fermiers une soixantaine d'espèces animales et végétales pour les quatre parties de la ferme type) tout en visant une auto-suffisance qui n'est pas un objectif autarcique mais un premier pas pour permettre un développement durable et ouvert sur le monde dans un second temps. En plus de cela, le roi à mis en place huit importants centres de recherche et développement, chacun avec des environnement naturels et socio-économiques différents et appliquant la New theory en vue de définir les modalités pratiques de mise en place de celle-ci. Je vais notamment essayer d'en visiter un prochainement.

Voilà pour les travaux de ce souverain, qui rencontre évidement des détracteurs mais qui semble au long de son règne (68 ans) avoir eu un réel impact sur certains aspects de son pays, en tout cas récompensé par plusieurs institutions internationales.

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